Des associations et entreprises de l’économie circulaire veulent alerter sur la crise écologique en marche, suite notamment au retour en force du plastique à usage unique en contexte post-Covid, et inciter nos représentants à se doter d’un discours plus clair et plus incitatif sur le sujet.

Face à une recrudescence de la pollution plastique, nous avons aujourd’hui pris le parti de nous réunir pour alerter sur l’urgence de mieux concilier protection des personnes et protection de l’environnement. Nous devons à tout prix éviter de voir des milliers de tonnes de déchets plastiques accélérer encore une pollution environnementale que la loi anti gaspillage pour une économie circulaire avait pour ambition de réduire. Et nous le savons tous, communiquer sur les bons gestes de tri et réduire les incivilités nécessitera du temps, et ne suffira pas.

Des déchets problématiques en volume et en nature

Avant toute chose, de quoi parlons-nous ? Nous parlons d’un retour en force des plastiques et de l’usage unique dans des dispositifs mis en place dans l’urgence : masques, gants, parois en plexiglas, équipements de protection jetables… La protection des personnes doit évidemment être une priorité, mais le recours trop systématique à la facilité de l’usage unique, à la plastification et au suremballage génère des volumes soudains de déchets, des difficultés de tri et de traitement, et enfin des pollutions et des risques de contamination. Prenons le seul exemple du masque : si chaque Français utilise 2 à 3 masques jetables par jour, ces masques étant composés de plus de 5 g de plastique, 60 millions de Français pourraient générer en un an plus de 300 000 tonnes de déchets plastiques supplémentaires.

Nous parlons ensuite d’une dramatique banalisation et d’une confusion autour du « jetable », de ce fameux « usage unique » : masques toujours, mais aussi lingettes nettoyantes, bouteilles… Confusion reposant sur l’idée souvent fausse que le jetable offrirait une meilleure protection. Nous saluons la position ferme du gouvernement et de l’Europe face à l’opportunisme de certains lobbies de l’industrie plastique qui voulaient profiter de cette confusion pour obtenir un recul des réglementations environnementales. Mais, le recul est déjà là ! Dans les commandes d’objets de protection individuelles qui se sont tournées massivement vers l’usage unique alors que des alternatives réutilisables, normées, performantes et accessibles existent, dans le suremballage en grande distribution, dans le recours massif aux solutions “à emporter” ou à la livraison.

On peut protéger en générant moins de déchets et moins de pollution

Pourtant les solutions existent, fondées sur la réduction des déchets et le réemploi. Notre pays dispose d’un écosystème entrepreneurial et associatif riche, particulièrement engagé et innovant sur les questions liées à l’économie circulaire. Nous avons su réagir rapidement et produire en France en un temps record des masques lavables conformes au cahier des charges Afnor. Les magasins de vrac ont réorganisé leurs modes de vente et renforcé leurs règles d’hygiène. Les acteurs du secteur de l’eau ont poursuivi leur travail, permettant d’écarter tout risque de contamination, et des entreprises innovantes développent des solutions pour éviter les bouteilles en plastique jetables. Des pharmacies proposent de re-remplir les contenants de gel hydro alcoolique, des startups et associations imaginent enfin des solutions consignées, particulièrement utiles avec le recours massif aux repas “à emporter”…

Nous appelons l’État et les collectivités à communiquer sur ces initiatives, à rassurer sur la qualité de l’eau du robinet, à mettre en place des leviers de persuasion et d’incitation, à privilégier les offres réutilisables dans la commande publique, et notamment les masques lavables dans le cadre de la constitution de nouveaux stocks ! Nous souhaitons que certaines fiches métiers de déconfinement publiées par le Ministère du travail soient révisées, car trop axées sur l’usage unique. Enfin, nous appelons les fédérations professionnelles et la grande distribution à travailler sur des pratiques moins génératrices de déchets, tout en protégeant autant leurs équipes que les consommateurs.

Les 40 signataires :

Alexis Kryceve, Gifts for Change
Muriel Papin, No Plastic in My Sea
Jean Moreau, Phenix
Laetitia Van De Walle, Lamazuna
Stéphane Le Diraison, TIME FOR OCEANS
Tanguy de Lamotte, Navigateur
Xavier Parenteau, Herry Conseil
Gérard Bellet, Jean Bouteille
Flore Berlingen, Zero Waste France
Hélène de la Moureyre, Bilum
Emery Jacquillat, Camif
Florence Baitinger, Gobi
Béatrice Eastham, Green Evénements
Shu Zhang, Pandobac
Pierre-Emmanuel Saint-Esprit, Hellozack
Joffrey Peltier, Opération Mer Propre
Stéphane Champion et Dominique Bizaoui, Citizen Wave
Alexandre Mounier, 1 déchet par jour
Bruno Dumontet, Expédition med
Tania Pacheff, Cantine sans plastique France
Thibault Lamarque, Castalie
Simon Bernard, Plastic Odyssey
Christian Laplaud, Altereo
Philippe Bensimon, Expédition Tour des deux Amériques solidaire en voilier
Romain Pillard, Use it again
Fabrice Faurre, Société Coopérative d’Intérêt Collectif TÉO
Antoine Gillain, BUBBLeIT !
Justine Laurent et Brieuc Saffré, Circulab
Patrick Deixonne, Expedition 7eme continent
Celia Rennesson, Réseau vrac
Véronique Moreira, WECF France
Arthur Le Vaillant, Navigateur
Romain Troublé, Fondation Tara Océan
Antoine Dedobbeler, Sodastream
Antoine Lemarchand, Fondation Nature & Découvertes
Antidia Citores, Surfrider Foundation Europe
Eric Boël et Antoine Saint Pierre, Les Tissages de Charlieu
Guillaume Gibault, Le Slip Français
Stéphane Guis, Hudi
Elizabeth et Nicolas Soubelet, Squiz

Article Ouest France